Keung To – Boulder : de la lave au rocher
- Ming CHU
- 16 janv.
- 4 min de lecture
Par Ming - le 16 janvier 2026
Il y a des moments où se cacher, ce n’est pas fuir. C’est survivre.
On se replie quand la pression devient trop forte, quand il ne reste que quelques murs pour protéger l’essentiel.
À l’intérieur, tout est confus, lourd, parfois boueux. Mais même là, quelque chose tient encore.
La pression ne disparaît pas. Elle s’accumule. Et un jour, elle oblige à bouger.
Tant qu’on n’est pas réduit en poussière, on peut encore rouler à contre-courant.
Dire « non » à ce qui écrase. Dire « go » à ce qui fait avancer.
La douleur ne nous détruit pas toujours. Parfois, elle nous transforme. Elle devient solide. Elle devient force.
On ne ressort pas intact. On ressort plus conscient. Plus audacieux. Toujours debout.
« Boulder » — le rocher — s’élève comme un message d’ouverture, inaugurant le Keung To Lava Live Concert 2025.

À l’origine, cette chanson portait le nom de « LAVA », pensée comme l’âme même du concert. Si la mélodie demeure inchangée, le titre et les mots, eux, ont été transformés. Les premières paroles faisaient écho au feu, à sa force et à son ardeur. Mais après l’incendie tragique survenu à Tai Po, à Hong Kong, en novembre dernier, ce symbole brûlant est devenu trop lourd de sens.
Par respect pour la mémoire et la sensibilité du public, l’artiste a choisi de métamorphoser son œuvre. Le feu s’est apaisé, la lave s’est figée, et de ses cendres est né « Boulder » — un rocher immobile, silencieux, porteur de résilience.
Traduction de « Boulder » — le rocher
Composition:Y.Siu / 紀佳松Jeremy G (Future Sound) / 洪偉翊WeiYi (Future Sound)
Paroles:林寶 / 小克
Arrangement:Y.Siu @emp / Edward Chan
Producteur:Edward Chan
1. La blessure originelle et l’isolement
La chanson s’ouvre sur l’image d’un jeune homme replié sur lui-même pendant sept ans, enfermé dans une « ville solitaire ». Ce lieu n’est pas géographique, mais intérieur. Il symbolise une longue période de retrait, faite de guérison silencieuse, de survie psychique et de protection minimale de l’âme.
La dignité y est enfouie, souillée par une « boue profonde », mais non détruite : elle demeure, enfouie, en attente d’être retrouvée.
2. Le repli comme mécanisme de survie
Se cacher, ériger de « derniers remparts de l’âme », réduire son monde à l’essentiel : psychologiquement, ce retrait n’est pas une fuite, mais une stratégie de survie. Après un traumatisme, une humiliation ou une rupture identitaire, l’esprit se met en veille partielle. Il ne vit plus pleinement, mais il résiste, conservant juste assez de frontières pour ne pas se dissoudre.
3. La boue intérieure : honte et confusion
La « boue » évoque la honte intériorisée, la confusion morale et les émotions négatives non digérées — culpabilité, colère retournée contre soi, sentiment d’indignité. Chercher la racine de cette boue, c’est refuser une guérison superficielle. Le narrateur ne veut pas seulement aller mieux : il veut comprendre ce qui l’a brisé.
4. La pression accumulée
Tout au long de la chanson, la pression s’intensifie : blessures qui s’aggravent, attente d’un séisme, tension contenue. Cette pression est à la fois intérieure et extérieure. Elle évoque les émotions refoulées, la colère silencieuse, le désir empêché. Le narrateur sait qu’un point de rupture approche. Mais pour la première fois, il ne fuit plus la crise : il l’attend.
5. La pression comme force transformatrice
La métaphore géologique est centrale : magma, lave, rocher.
Ce qui brûle à l’intérieur, s’il reste enfermé, détruit. Mais exprimé, il devient fluide ; intégré, il se solidifie. La pression ne sert plus seulement à écraser : elle forge. Ce qui aurait pu anéantir le narrateur devient la matière même de sa transformation.
6. Refuser l’écrasement, choisir le mouvement
« Tant que je ne suis pas réduit en poussière, je roule à contre-courant. »
Cette phrase marque un tournant. Le narrateur refuse l’immobilité. Tomber, se retourner, se relever : même blessé, il agit. Rouler avec le rocher plutôt que d’être écrasé par lui, c’est transformer l’adversité en élan. Psychologiquement, c’est la sortie progressive du rôle de victime et la reconquête de l’agentivité.
7. Le retour du désir et de la volonté
Le refrain signe l’éveil : le cœur devient bold, audacieux. Le désir reprend le contrôle.
Il ne s’agit pas seulement de désir amoureux, mais de pulsion de vie. Quand le désir revient, l’individu cesse d’être uniquement en survie : il recommence à vouloir, donc à vivre. Le « non » pose des limites, le « go » libère l’énergie. Refuser ce qui oppresse, avancer quand on choisit.
8. Dire non / dire go : frontières psychiques retrouvées
Dire non, c’est se protéger. Dire go, c’est s’autoriser l’élan. Le narrateur apprend à réguler la pression : il ne la subit plus aveuglément. Il choisit quand résister et quand avancer. Cette capacité de choix marque une maturité émotionnelle nouvelle.
9. Une identité sculptée, non intacte
À la fin, le narrateur se compare à la roche : marquée, gravée, exposée. Il n’est pas intact — il est sculpté. La douleur n’a pas effacé son identité ; elle l’a définie. Il n’idéalise pas la guérison, ne cherche pas à redevenir « comme avant ». Il accepte ce que ses blessures ont fait de lui, sans déni ni honte.
Conclusion
Boulder raconte un passage essentiel :
de la dissociation à l’incarnation,
de la survie à la vitalité,
du silence imposé à l’expression choisie.
Ce n’est pas une chanson sur le fait d’« être fort », mais sur le courage de redevenir vivant sous la pression — et de transformer ce qui pèse en fondation.



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